Longtemps soutenu par le seul courage de ses acteurs, le système sportif gabonais atteint aujourd’hui ses limites. Dans cette tribune, le docteur Marcel Mbélé-Loussou, expert en management des organisations, gouvernance et performance durable, montre que pour franchir un cap, il lui faut passer d’une logique de survie à une logique de performance durable.

«Depuis des années, notre système sportif fonctionne grâce à une ressource invisible : la capacité des acteurs à compenser ses insuffisances», dixit Marcel Mbélé-Loussou. © D.R.

Le Dr Marcel Mbélé-Loussou, expert en management des organisations, gouvernance et performance durable. © D.R.
Il arrive, dans toute organisation, ce moment où continuer comme avant devient plus risqué que changer. Le sport gabonais est précisément à ce point d’équilibre.
Non pas au bord de l’échec. Mais au bord d’un choix.
Le système tient… Mais par compensation
Depuis des années, notre système sportif fonctionne grâce à une ressource invisible : la capacité des acteurs à compenser ses insuffisances.
Les présidents de fédérations mobilisent sans garantie. Les entraîneurs produisent sans stabilité. Les athlètes performent sans sécurité. Et malgré tout, les résultats émergent. Mais à quel prix ?
Car ce modèle repose sur une équation fragile : « L’engagement individuel pallie l’absence de structuration collective ». C’est admirable. Ce n’est pas durable.
L’instabilité, devenu norme
À force de fonctionner ainsi, nous avons normalisé ce qui ne devrait jamais l’être :
- l’incertitude budgétaire,
- les préparations tardives,
- les arbitrages imprévisibles,
- l’absence de trajectoire pour les disciplines.
Dans le sport moderne, l’incertitude n’est pas un défi. C’est un handicap. Pendant que d’autres sécurisent leurs fédérations par des cycles, des contrats et des engagements pluriannuels, nous continuons à exposer nos acteurs à des ruptures évitables. Le résultat est toujours le même : la fatigue des meilleurs et le décrochage des autres.
Ce que les dirigeants savent déjà
Les présidents de fédérations connaissent la vérité. Ce qu’ils attendent n’est pas un soutien ponctuel, mais un dispositif qui :
- donne de la visibilité,
- protège les efforts engagés,
- rende les performances lisibles,
- sécurise les engagements.
En bref : un système fiable. Pas parfait. Prévisible
La leçon des organisations performantes
J’ai appris le sport dans l’effort. J’ai appris la performance dans les organisations.
Et entre les deux mondes, une différence essentielle existe :
- le sport valorise le dépassement,
- les organisations performantes éliminent l’imprévu.
La performance durable ne repose pas sur l’héroïsme. Elle repose sur la maîtrise. C’est précisément cette maîtrise qui manque aujourd’hui à notre architecture sportive.
Le changement attendu : 4 garanties
Le débat ne doit plus être une affaire d’intentions. Mais de garanties concrètes.
- Une trajectoire pluriannuelle claire (4 ans, 8 ans).
- Des moyens contractualisés et audités, et non des promesses.
- Une crédibilité externe renforcée, capable d’attirer partenaires et sponsors.
- Un parcours athlète sécurisé, affranchi des aléas.
Pour les présidents de fédérations, une transformation majeure
Cela signifie passer :
- d’une gestion sous contrainte à un pilotage maîtrisé,
- de la réaction à la projection,
- de la justification à la structuration.
Un moment de vérité
Ce moment n’est pas une échéance technique. C’est un point de bascule. Le choix est clair :
- continuer à faire vivre un système fragile,
- ou engager une transformation qui sécurise tout le mouvement sportif.
Une responsabilité partagée
Aucune réforme ne tient sans alignement. Et dans le sport, cet alignement doit réunir :
- les Fédérations,
- l’Institution,
- les Pouvoirs publics,
- les Partenaires.
Sans cet alignement : rien ne dure. Avec lui : tout devient possible.
Choisir ce qui nous élève
Nous avons longtemps prouvé que nous pouvions réussir malgré le système.
Il est désormais temps de réussir grâce à lui. Cela exige une chose rare : le courage de changer de logique. Pas demain. Pas progressivement. Mais clairement. Aujourd’hui, le moment est venu de ne plus choisir ce qui nous rassure, mais ce qui nous élève durablement.
Le sport gabonais ne manque ni de talents, ni d’ambition. Il manque d’un système capable de transformer ces forces individuelles en une puissance collective. Ce basculement n’est pas une option. C’est une nécessité. Et il commence maintenant.
Dr Marcel Mbélé-Loussou, Expert en management des organisations, gouvernance et performance durable
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